Quoiqu’il arrive ce soir à Bucarest et dans quelques jours face au Barça en Coupe du Roi, l’Athletic Bilbao a déjà réussi sa saison. Au-delà des titres possibles, au delà de cette neuvième place en championnat qui finalement n’intéresse plus grand monde, l’historique club basque est entré dans les foyers espagnols. Dans quelques années, tout le monde se souviendra de la démonstration à Manchester, puis celle à la « cathédrale » de San Mames, les deux plus grands exploits européens du club à ce jour. Tout le monde se souviendra du duel face au Shalke 04 de Raul. Et personne n’oubliera la fin de match suffocante face au Sporting Portugal et ce but de Llorente qui délivra tout un pays, charmé par ce parcours si étonnant.
Bielsa, comme à Newell’s
Bielsa-Llorente. Rarement l’Athletic Bilbao n’aura eu deux hommes si charismatiques en son sein. Deux hommes surtout, qui font l’unanimité en Espagne. En obtenant les pleins pouvoirs de son président, l’Argentin Bielsa a pu faire ce qu’il aimait le mieux : prendre une équipe de jeunes joueurs, talentueux, pour les faire progresser. Exactement ce qu’il avait fait à Newell’s old boys, où en deux ans, il avait remporté deux fois le titre national avant d’échouer en finale de la Copa Libertadores, au penalties, face au Santos de Rai. Un exploit immense pour des joueurs inconnus, mais qui répondaient déjà aux noms de Pochettino, Balbo, Sensini ou Batistuta...
A Bilbao, « El Loco » fait pareil. Et Llorente en profite. Il n’est pas le seul puisque Muniain, De Marcos, Herrera ou Iraola ont aussi montré quelques facettes de leur immense talent. En Liga, l’Athletic Bilbao a toujours été respecté et craint. Mais il a toujours souffert pour conserver son identité basque et son modèle unique dans le monde. Si son football a toujours été sincère, il n’avait jamais été très flamboyant... Cela suffisait à rester en Liga, à faire souffrir les grands dès qu’ils venaient à San Mames. C’était suffisant pour les spectateurs et les joueurs, finalement, tous très attachés à leurs couleurs et à leur terre. Comme Llorente, qui n’a jamais fait le forcing pour partir, en dépit des offres dont il disposait.
Le groupe pourrait se disloquer cet été
En raison même de sa structure et de sa particularité, l’aventure de Bilbao n’est pas amenée à durer. Il sera compliqué de s’installer durablement dans les quatre premiers du championnat, synonyme de Ligue des champions, aujourd’hui nécessaire pour conserver les joueurs. C’est l’effet retors de l’extraordinaire travail de Bielsa, qui a attiré sur lui le regard de tous les grands clubs. Il est fort possible que la bande de copains se disloque cet été. Llorente est suivi par l’Angleterre et par le Barça, tout comme le prodigieux Javi Martinez. Iraola, aussi, pourrait partir. Trois cadres qui pourraient montrer à la toute nouvelle génération un nouveau modèle. Un modèle de réussite personnelle, loin de Bilbao et de ses caisses vides.
Pour l’Athletic, c’est l’année ou jamais. Une génération exceptionnelle, encadrée par un homme d’exception. Derrière eux, un public magique. Les joueurs qui seront sur la pelouse de Bucarest connaissent d’ailleurs la plupart, de près ou de loin, ces fans qui les soutiennent. Ce soir, ils joueront aussi pour eux. Même si les socios espèrent que l’amour du club prendra le dessus, la plupart pense que ce beau rêve va bientôt prendre fin. Je pense la même chose, malheureusement.